Seuil de Doherty

Comment accélérer et ralentir en fonction du besoin ?

Concept

J'aime transposer des concepts à des contextes très différents de leur origine pour en générer des apprentissages nouveaux. Les lois du design d'expérience utilisateur sont un bon vivier à adapter au développement personnel et professionnel.

Voici1 le seuil de Doherty, qui dit2 :

La productivité explose lorsque l'utilisateur et la machine interagissent à une vitesse suffisante (< 400 ms) pour qu'aucun n'attende l'autre

Réaction

Dans le contexte qui m'intéresse, il me vient deux réflexions un peu contradictoires.

D'un côté, je me dis que forcer – ce qui va plus loin que permettre – une interaction rapide permet de court-circuiter la mécanique du conscient et de laisser l'inconscient s'exprimer. C'est notamment le principe du test de Rorschach, où un thérapeute demande à son patient de réagir rapidement aux taches d'encre qu'il lui présente. C'est un moyen de projeter les préoccupations du patient sur l'image et d'ainsi tenter d'accéder à son inconscient.

Pour parler le langage de Kahneman3, on retrouve ici l'intérêt parfois de favoriser le système 1 – instinctif – en ne laissant pas le temps au système 2 – réfléchi – de s'exprimer.

Ce qui m'amène à la réflexion opposée.

Dans bien des cas, la réponse instinctive est celle qui pose problème. Elle correspond à une habitude que j'ai ancrée en conséquence d'un modèle mental, d'un biais cognitif ou d'une croyance que je considère aujourd'hui comme contre-productive pour mener ma vie. C'est le cas le plus courant en coaching : je souhaite mettre un changement dans ma vie, mais il y a une résistance qui se trouve au niveau logique4 de la croyance.

Dans ce contexte, il est important, de laisser le système 2 prendre le temps d'analyser et de juger la situation, et notamment la réponse du système 1. Cela ne peut se faire qu'avec du temps. Ainsi, forcer une interaction lente, par exemple en laissant des silences ou en posant plusieurs fois la même question, peut permettre d'aller plus profond et de mettre en place une transformation durable.

Une analogie parlante est celle de l'amitié. Je ne participe plus vraiment à des soirées avec beaucoup de monde, car je trouve que le peu de temps disponible pour développer la relation avec chacun apporte finalement plus de frustration qu'autre chose. Je préfère favoriser un temps long, comme un week-end ou une longue promenade, pour avoir le temps de déployer quelque chose de riche et profond.

Invitation

Qu'est-ce qui serait différent si je favorisais une interaction rapide pour mettre à jour des fonctionnements instinctifs ?

Qu'est-ce qui serait différent si je prenais ensuite le temps d'une interaction lente pour les combattre ?


  1. Ceci est l'entrée 2 sur le thème de la transposition des lois de l'UX. ↩︎

  2. Traduction personnelle de la loi décrite ici . Issue de : W. Doherty et R. Kelisky, « Managing VM/CMS Systems for User Effectiveness », IBM Systems Journal, 1979, 18 : 143-163. ↩︎

  3. À relire : système 1 & 2↩︎

  4. À relire : niveaux logiques↩︎