Aime ce que tu fais

Comment faire ce choix qui mène au service ?

Concept

Dans ma cuisine, dans un coin d'un grand tableau noir où on écrivait nos courses, il y a longtemps1 eu ces petites phrases écrites :

Souviens-toi que servir, c'est aimer en actes.
À chaque instant, aime ce que tu fais avant de faire ce que tu aimes.

Elle est extraite du scoutisme et plus précisément du cérémonial de la parole de feu.2

Réaction

Ces deux phrases sont assez indépendantes et sont toutes les deux sources d'apprentissage chez moi.

La première explique simplement ce qu'est le service. Elle donne notamment un éclairage spirituel simple, mais profond à ce que l'on peut lire en management à propos du servant-leadership.3 Elle lui donne une coloration humaine : au fond ça n'est que de l'amour qui se traduit en action. Rien de plus pur que ça. Le mot amour peut faire peur, notamment dans un contexte professionnel, mais il ne doit pas ! 4 Finalement, quand je coache ou j'accompagne une équipe, je suis en train de servir, car je suis en train d'aimer.5

La seconde fait naître en moi encore plus de réflexions, plus d'interrogations. Elle prend à contre-pied pas mal de choses que l'on peut voir en ce moment : les programmes de reconversion ou les quêtes de changement de vie pour faire ce que l'on aime. Je ne nie pas du tout que tout ceci est important : quand la souffrance est trop grande, il faut changer… Et c'est d'ailleurs un contexte courant d'intervention en coaching.

Mais prendre le temps de voir les choses de cette autre façon a aussi sa richesse. Comment faire pour aimer ce que je fais, avant tout ? Pour y trouver les ingrédients de la joie. C'est une vraie quête tout aussi intéressante et encore plus nourrissante. Elle me guide notamment dans mes interventions en entreprise où la marge de manœuvre du coaché pour s'épanouir peut parfois être plus limitée.

Je ne dois pas oublier que la souffrance est de mon fait : c'est le décalage que je crée entre la réalité et mon envie pour la réalité. Je peux choisir de changer la réalité, ou bien de changer mon envie pour elle.6

Le changement de perspective apporté par cette deuxième phrase est fort. C'est un nouveau regard sur la vie, porteur de l'espoir que déjà tout est là.

Invitation

Qu'est-ce qui serait différent si je me mettais plus au service ?

Qu'est-ce qui serait différent si je choisissais d'aimer ce que je fais, plutôt que le contraire ?


  1. Nous avons déménagé depuis dans notre maison et cette maxime n'est pas encore réapparue. ↩︎

  2. C'est un moment très important de la vie d'une guide-aînée : une scoute des SUF qui a entre 17 et 25 ans. À un moment clé du développement de la personnalité, de la place dans la vie, c'est un symbole d'engagement. Le rituel est très beau, je t'invite à aller le lire pour avoir une idée de ce que le scoutisme peut permettre en termes de développement personnel et spirituel. ↩︎

  3. Sur le servant-leadership, on peut aller voir le site de Robert K. Greenleaf. ↩︎

  4. Voir la définition donnée par M. Scott Peck de l'amour : « c'est la volonté de se dépasser dans le but de nourrir sa propre évolution spirituelle ou celle de quelqu'un d'autre. » M. Scott Peck, Le chemin le moins fréquenté : Apprendre à vivre avec la vie, 1978. ↩︎

  5. Je me souviens que Muriel, ma formatrice au coaching, partageait avec nous sa vision : « coacher, c'est donner de l'amour professionnellement ». ↩︎

  6. À relire : le cheval dans le pré↩︎