Être père, j'y crois

Comment construire une vision du rôle profond du père ?

Concept

Papa était notamment écrivain1. Dans son dernier livre, intitulé Être père, j'y crois2, il partage sa vision de la paternité :

Le père adopte son enfant et a pour but d'en faire un être libre ; il agit pour un jour ne plus être utile.

Être père n'est pas acquis d'avance : il faut un certain investissement, une réelle présence, une attention à l'autre reconnu comme fils ou fille. Qu'il soit de la même chair ou pas, l'enfant se trouve « adopté » par cet élan paternel.

Je suis père et je ne suis pas la personne la plus importante pour cet enfant qui naît. Je suis en retrait ; l'enfant a besoin de sa mère avant de me connaître.

J'accepte de n'être pas au centre de la photo traditionnelle prise à la maternité. Ce sont l'enfant et sa maman sur lesquels est braqué l'objectif. Et c'est très bien comme ça. De cet effacement relatif du départ naît toute vie de père sur la terre. Car il faut décider de devenir père alors qu'être mère est naturel.

Finalement, il résume une partie de son livre dans ces mots :

La tâche semble rude qui consiste à se convertir intérieurement pour ne plus désirer la première place, pour ne plus chercher comment être le plus grand, pour oser la confiance, fonder son existence sur elle, la reconstruire quand elle a été atteinte, l'entretenir quand elle s'use par la force de l'habitude.

Réaction

J'ai perdu mon père juste au moment où je suis moi-même devenu père.

Ainsi, je n'ai jamais eu de conversation sur la paternité avec lui, et je pense que c'est la chose qui me manque le plus dans son absence. J'ai en revanche la chance qu'il ait écrit ce livre entre deux récidives. D'une certaine façon, je le prends comme une forme de conversation, peut-être un peu à sens unique, sur la paternité.

Je partage tout à fait sa vision de la mission du père : j'agis aussi pour faire de mes enfants des êtres libres (et conscients).

Je me retrouve aussi dans la description loin du cliché patriarcal, plein d'une énergie masculine forte et qui se met au centre. Cette conception me parle, même si elle est parfois dure à incarner.

Et je reconnais, entre les lignes, la définition de l'amour de M. Scott. Peck3 : « c'est la volonté de se dépasser dans le but de nourrir sa propre évolution spirituelle ou celle de quelqu'un d'autre. »

Me convertir intérieurement pour laisser la place et oser la confiance.

Peut-être même, ne pas être un tuteur qui soutient la croissance en permanence, mais plutôt être un exemple silencieux, une présence hors de la lumière, mais toujours là.

Ça n'est pas toujours facile d'être confiant, en eux ou en moi, mais je connais ma mission, même si je ne sais pas toujours comment la réaliser au mieux.

Invitation

Qu'est-ce qui serait différent si je nous faisais un peu plus confiance ?


  1. Si j'exclus ses publications professionnelles, il a publié 14 livres dans le domaine de la religion, de l'organisation de l'Église, mais surtout de la spiritualité. ↩︎

  2. Olivier Le Gendre, Etre père, j'y crois, 2014. ↩︎

  3. M. Scott Peck, Le chemin le moins fréquenté : Apprendre à vivre avec la vie, 1978. ↩︎