Loi de Tesler

Comment accepter l'asymptote structurelle de la complexité ?

Concept

J'aime transposer des concepts à des contextes très différents de leur origine pour en générer des apprentissages nouveaux. Les lois du design d'expérience utilisateur sont un bon vivier à adapter au développement personnel et professionnel.

Voici1 la loi de Tesler, qui dit2 :

Pour tout système, il y a un niveau en dessous duquel on ne peut réduire sa complexité.

Réaction

C'est une sorte de loi de la conservation de la complexité, ou bien de complexité structurelle, comme pour le chômage structurel. Quoi qu'on fasse, pour la réduire, on ne peut l'amener à zéro. À partir de ce point, la complexité ne sera que déplacée d'une partie à une autre du système.

Dans mon contexte, je vois bien un moment où cette loi s'exprime fortement : lors d'une discussion compliquée3 avec quelqu'un par exemple dans le cadre d'une médiation.

Ce genre de situation apparaît quand les enjeux sont importants pour les deux interlocuteurs et qu'ils essaient à tout prix de s'assurer que leur position est comprise par l'autre. Et surtout quand ils essaient de convaincre l'autre du bien-fondé de leur position, voire de convaincre l'autre tout court.4 C'est souvent un mauvais but dans une discussion. On ne s'en sort pas, on s'énerve et l'on finit par demander une médiation dans le meilleur des cas, voire couper la communication.

À un moment, il faut lâcher l'envie ou l'ambition de comprendre entièrement la position de l'autre et de faire comprendre la mienne à l'autre. C'est illusoire de vouloir comprendre entièrement l'autre5 !

C'est même contre-productif. Non seulement, le canal qui me connecte à l'autre – le langage, mon empathie6 – ne possède pas une bande passante suffisante pour transmettre toutes ces nuances et cette complexité. Mais en plus, le simple schéma cognitif de l'autre est inimitable : je ne peux pas l'émuler dans le mien. Bref, le tuyau et le réceptacle sont trop petits et trop simples. Je vais dépenser de l'énergie au mauvais endroit…

Non, il faut plutôt accepter la différence entre nos visions du monde et partir de là pour intégrer chacune de ces histoires dans une histoire plus grande qui les respecte, les dépasse et nous réunit. Ça demande une forme de lâcher-prise et de conscience de ce que je peux et de ce que je ne peux pas.7

Plus largement, lorsque j'essaie de modéliser un système, un comportement, une situation, je dois garder en tête que je ne pourrais descendre en dessous d'un certain niveau de complexité sans perdre l'expression de ce qui s'y joue vraiment.8

Invitation

Qu'est-ce qui serait différent si je lâchais prise en dessous d'un certain niveau de complexité ?


  1. Ceci est l'entrée 17 sur le thème de la transposition des lois de l'UX. ↩︎

  2. Traduction personnelle de la loi décrite ici. Issue de : D. Saffer, « Chapter 7: Refinement », Designing for Interaction: Creating Innovative Applications and Devices, 2010, p. 136. ↩︎

  3. Il y aurait probablement un débat sur le choix du mot complexe ou compliqué dans ce cadre. Ou en tout cas, une lecture comparée de cette loi si on changeait le terme. À relire : complexe ou compliqué↩︎

  4. À relire : réactance psychologique↩︎

  5. À relire : se comprendre↩︎

  6. À relire : empathie↩︎

  7. À relire : cheval dans le pré↩︎

  8. À relire : simple↩︎