Carte et territoire

Comment éviter la souffrance liée à la confusion entre les deux ?

Concept

En 1931, Alfred Korzybski déclare1 :

Une carte n'est pas le territoire qu'elle représente, mais, si elle est juste, possède une structure similaire à ce territoire, ce qui justifie son utilité.

« La carte n'est pas le territoire » est une idée clé de sa théorie, la sémantique générale, qui a pour ambition de permettre au monde, notamment scientifique, de dépasser les problèmes de son temps.

Ainsi, Korzybski souligne le rôle central du cerveau comme organe de représentation imparfait de la réalité2 dans notre fonctionnement.

Réaction

Ça paraît assez trivial : la réalité a un niveau infini de détails alors que mes sens et mon cerveau ont une bande passante limitée, ne permettant pas de la capter entièrement.3

Et même si c'était possible, cela ne serait pas vraiment utile. Partir en randonnée avec une carte à l'échelle 1:1, qui contiendrait la position de chaque grain de sable et brin d'herbe de mon chemin ne serait pas très pratique…

Ainsi, pour des raisons de praticité et d'économie, notamment d'énergie, j'utilise une carte pour appréhender le monde. Elle est fortement influencée par mes modèles mentaux, mes croyances profondes, mes biais cognitifs, mon éducation, la culture de ma société, etc.

Le problème vient de confondre la carte et le territoire, de croire que ma représentation du monde est le monde.

Lorsque je dis « dans la vie, il faut… » ou « de toute façon, le monde est ainsi fait que… », je plaque ma croyance sur le monde en faisant des inférences4 et des suppositions5 fortes sur le comportement des gens. C'est pareil lorsque je m'enferme ou j'enferme les autres dans le résultat d'un test de personnalité qui deviendrait pour moi l'explication de tout ce qui arrive6.

Fabien Chabreuil propose un modèle7 qui résumerait notre niveau de conscience face à ce sujet, avec 4 modes qui nécessitent de plus en plus d'effort cognitif :

  1. Mode réactif : je réponds à la réalité au coup par coup sans analyse.
  2. Mode théorique : je dispose d'une carte, plus ou moins vraie, que je l'utilise sans discernement.
  3. Mode fondé sur des modèles : je sais que la carte n'est pas le territoire et je dispose de plusieurs modèles parmi lesquels choisir dans un contexte donné pour agir d'une façon fonctionnelle.
  4. Mode naturaliste : je refuse l'utilisation de carte.

Le mode le plus fonctionnel semble être le numéro 3.

C'est celui que j'essaie de développer, notamment au travers de ces apprenti-sage, en collectant des éléments qui me font réfléchir et augmentent la variété de cartes à ma disposition. Tout ça afin de fonctionner de la façon la plus écologique pour moi, mon entourage proche et le monde.

Invitation

Qu'est-ce qui serait différent si je confondais moins souvent la carte et le territoire ?


  1. Alfred Korzybski. A Non-Aristotelian System and its Necessity for Rigour in Mathematics and Physics, 1931. ↩︎

  2. Et si cette réalité n'est que perçue, peut-on vraiment dire qu'elle existe en tant que telle ? ↩︎

  3. Si c'était le cas, mon cerveau pourrait, avec une infinie précision, capturer son propre fonctionnement, et donc son fonctionnement en train de capturer son fonctionnement, etc. Je tombe dans une boucle infinie et vertigineuse, évidemment impossible. ↩︎

  4. À relire : ça parle de moi↩︎

  5. À relire : accords toltèques↩︎

  6. À relire : biais de confirmation↩︎

  7. Fabien Chabreuil est un formateur qui s'est notamment spécialisé sur 3 sujets : la spirale dynamique, l'ennéagramme et la sociocratie. Il a écrit avec son épouse plusieurs ouvrages dont celui-ci : Fabien Chabreuil et Patricia Chabreuil, La spirale dynamique, 2010. Son analyse est partagée sur son blog↩︎