Fatigue décisionnelle

Comment réduire les décisions moins pertinentes ?

Concept

Dans la série mon cerveau me joue des tours1, rubrique mes biais cognitifs, je demande la fatigue décisionnelle.

Quel est le point commun entre Barack Obama, Mark Zuckerberg, Albert Einstein, Karl Lagerfeld et Steve Jobs ? Au-delà d'une certaine réussite2, ils ont fait le choix de s'habiller tous les jours de la même façon… Certains avaient peut-être l'envie de construire une image d'eux-mêmes un peu iconique – j'en doute pour Obama et Einstein… –, mais ils ont tous indiqué que c'était surtout un choix délibéré lié à la fatigue décisionnelle.

À la fin des années 1990, le psychologue américain Roy Baumeister3 4 de l'Université de Floride a montré que la volonté, comme un muscle, pouvait se fatiguer. La fatigue décisionnelle désigne ainsi la détérioration de la qualité des décisions prises par un individu après une longue session de prises de décision ou au fur et à mesure que la journée avance.

En décidant activement de s'habiller tous les jours de la même manière, ces célébrités pensaient économiser de leur pouvoir de décision afin de le consacrer à des sujets plus importants…

Réaction

Dans un environnement où le marketing nous tente régulièrement, notre capacité de décisions est soumise à rude épreuve. Si l'on ne fait pas un peu attention, on passe notre temps à décider d'acheter ou non des choses. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles les petits snacks présents à la caisse se vendent si bien ! Nous n'aurions plus la capacité d'y résister…

Carol Dweck, de Stanford, connue pour son travail sur le growth mindset apporte la nuance suivante : il semblerait que l'on soit vraiment affecté par la fatigue décisionnelle lorsque l'on croit à son existence.5

Du coup, ça offre une porte de sortie : il suffirait de ne pas y croire pour ne pas y succomber… Une autre option consiste à prendre du sucre : le niveau de glucose aurait un effet sur cette fatigue décisionnelle. Mais les scientifiques ne s'accordent pas complètement sur le sujet… Donc, restons sur la transformation de croyance, c'est plus sûr. Et prenons le maximum de décisions à l'avance…

Et peut-être est-ce aussi une bonne raison de dormir sur une décision importante ? Non seulement des processus inconscients vont s'activer et nous aider à prendre la bonne décision, mais nous allons aussi nous réveiller avec une fatigue décisionnelle au plus bas…

Enfin, il semble important de prendre les décisions les plus importantes au moment le plus opportun : c'est-à-dire avant que la fatigue décisionnelle ne s'installe.

Invitation

Qu'est-ce qui serait différent si je réservais mon énergie pour les décisions importantes ?


  1. Cette expression est inspirée du livre : Albert Moukheiber, Votre cerveau vous joue des tours, 2019. Ce podcast, avec le philosophe Charles Pépin, est à écouter pour en avoir une synthèse. ↩︎

  2. À relire : réussir↩︎

  3. R. Baumeister, « The Psychology of Irrationality », dans I. Brocas et J. Carrillo, The Psychology of Economic Decisions : Rationality and well-being, 2003, 1–15. ↩︎

  4. K. Vohs, R. Baumeister, J. Twenge, D. Schmeichel, D. Tice et J. Crocker, Decision Fatigue Exhausts Self-Regulatory Resources – But So Does Accommodating to Unchosen Alternatives, 2005. ↩︎

  5. M. Szalavitz, « Decision Fatigue Saps Willpower–if We Let It », Time, 23 août 2011. ↩︎