Arriver à destination

L'une des grandes tragédies de la vie ?

Selon George Bernard Shaw :

Il y a deux tragédies dans la vie. L'une est de ne pas obtenir ce que l'on désire ardemment. L'autre est de l'obtenir.

De même l'aphorisme de Robert Louis Stevenson :

Il vaut mieux voyager avec espoir qu'arriver à destination.

Dans le poème « Ithaque », le poète grec Constantinos Cavafys nous conseille :

Priez pour que votre route soit longue. […] Gardez Ithaque présente à l'esprit, car c'est là que vous êtes prédestinés à arriver – mais ne vous hâtez pas, prenez plutôt de nombreuses années. […] Vous entrez dans des ports que vous n'avez jamais connus, et, riches de tout ce que vous avez acquis en chemin, n'attendez pas d'Ithaque qu'elle vous donne la richesse.

Trois façons poétiques de dire la même chose : ayons une destination en tête, mais profitons du chemin. C'est lui qui va nous enrichir.

Je me reprends parfois à me dire : « lorsque j'aurai ceci, alors cela sera possible… » Mais lorsque j'arrive à en prendre conscience sur le moment – ou bien lorsqu'on me le rappelle –, je me rends compte de cette absurdité de rendre certains bienfaits conditionnels à une situation future. C'est une façon très cérébrale de repousser le tas de sable.

Je ne deviendrai pas riche – dans tous les sens du terme – lorsque je serai à Ithaque. C'est la route qui me mène à Ithaque qui me rend riche. Les rencontres que je fais. Les renoncements que je décide. Les obstacles que je dépasse. Les apprentissages que j'intègre.

Restons des étudiants perpétuels de la vie.

Échouons systématiquement à deux doigts du diplôme.1


  1. Tout cet apprenti-sage est très fortement inspiré d'un passage du livre très puissant : Watzlawick, Paul, John H Weakland, Richard Fisch, et Pierre Furlan. Changements : paradoxes et psychothérapie. Paris : Ed. du Seuil, 2002. ↩︎