Loi de Prägnanz

Simple comme bonjour, sinon on n'y arrive pas – #UX 7/20

Cet apprenti-sage fait partie d'une série où j'explore la transposition de lois de l'UX design1 à la relation intra- et inter-personnelle – notamment dans le contexte du coaching.


Dans le contexte de l'UX, cette loi dit2 :

Les gens vont percevoir et interpréter des images ambiguës ou complexes sous leur forme la plus simple possible, ce qui leur permettra le moins d'effort cognitif

La vision que nous avons du monde est simplifiée.

Les biais cognitifs qui nous menacent ainsi que nos modèles mentaux sont des filtres qui se placent entre la « réalité » 3 et nous. Pour économiser de l'énergie et du temps, notre cerveau fait de nombreux raccourcis.4

C'est normal : la réalité est complexe et nous cherchons des outils simples pour la manipuler.

Notamment, nous allons avoir tendance à développer des métaphores et les utiliser en lieu et place de la réalité. Ces métaphores sont des images assez simples mais qui vont représenter pour nous une réalité plus complexe. Elles sont excessivement personnelles. Deux personnes peuvent utiliser la même métaphore mais ne pas mettre la même chose derrière.

Elles sont tellement importantes et révélatrices sur la personne – notamment à travers les rêves – que toutes les approches thérapeutiques ou d'accompagnement les utilisent de près ou de loin. Il y a d'ailleurs un courant de thérapie spécifique qui utilise seulement une vingtaine de questions conçues pour ne pas « teinter » la métaphore de la personne accompagnée : le Clean Language5.

Les métaphores sont aussi un outil très puissant de communication. Elles nous permettent d'embarquer facilement notre interlocuteur.

En revanche, ce qui dit cette loi et mon expérience personnelle et professionnelle, c'est qu'il faut faire l'effort de choisir des métaphores simples. Car elles seront de toute façon simplifiées à l'arrivée – entre ce que je pense, ce que je dis, ce qui est entendu et ce qui est compris, il y a de nombreuses raisons que le message soit dénaturé.

Les choisir les plus simples possible permet ainsi de minimiser les risques de mésinterprétation, surtout dans le cas où nous transmettons une idée à plusieurs personnes en même temps. Au besoin, il ne faut pas hésiter à en utiliser plusieurs à la suite pour tenter de capturer la complexité de ce que l'on souhaite exprimer.6


  1. L'UX (qui vient de l'anglais User eXperience) est l'expérience que l'utilisateur a en interagissant avec un produit/service. et l'UX design est la conception de telles expériences satisfaisantes ↩︎

  2. Traduction personnelle de la loi décrite ici ↩︎

  3. Voir cet apprenti-sage sur les histoires qu'on se raconte, celui-ci sur les inférences que nous croyons être des faits ou encore celui-là sur une façon « simple » de changer le monde ↩︎

  4. J'ai écrit, depuis, un apprenti-sage sur le concept de système 1 / système 2 de Kahneman mais je l'avais déjà évoqué en parlant d'empathie, de l'effet d'esthétisme-fonctionnalité, du seuil de Doherty ou de la loi de Jakob. ↩︎

  5. En savoir un peu plus ici et dans le livre : Wendy Sullivan et Judy Rees, Clean Language: Revealing Metaphors and Opening Minds, 2008. ↩︎

  6. La création d'une métaphore riche, complète, précise et pertinente dans le contexte de l'autre est un art que peu de gens ont la chance de maîtriser. Un génie de cet exercice était Milton Erickson – à l'origine de l'hypnose Ericksonienne – comme décrit notamment dans le livre : Sidney Rosen, My Voice Will Go with You: The Teaching Tales of Milton H. Erickson, 2010. ↩︎