Loi de Tesler

Une asymptote structurelle au niveau de complexité – #UX 18/20

Cet apprenti-sage fait partie d'une série où j'explore la transposition de lois de l'UX design1 à la relation intra- et inter-personnelle – notamment dans le contexte du coaching.


Dans le contexte de l'UX, cette loi dit2 :

Pour tout système, il y a un niveau en dessous duquel on ne peut réduire sa complexité

C'est une sorte de loi de la conservation de la complexité, ou bien de complexité structurelle (comme pour le chômage structurel). Quoi qu'on fasse, pour la réduire, on ne peut l'amener à zero. À partir de ce point, la complexité ne sera que déplacée d'une partie à une autre du système.

Dans le contexte qui nous intéresse, je vois bien un moment où cette loi s'exprime fortement : lors d'une discussion compliquée3 avec quelqu'un — par exemple dans le cadre d'une médiation.

Ce genre de situation apparaît quand les enjeux sont importants pour les deux interlocuteurs et qu'ils essaient à tout prix de s'assurer que leur position est comprise par l'autre. Et surtout quand ils essaient de convaincre l'autre du bien-fondé de leur position, voire même de convaincre l'autre tout court.4 C'est souvent un mauvais but dans une discussion. On ne s'en sort pas, on s'énerve et on finit par demander une médiation – dans le meilleur des cas – voire couper la communication.

À un moment, il faut lâcher l'envie ou l'ambition de comprendre entièrement la position de l'autre et de faire comprendre la sienne à l'autre. C'est illusoire de vouloir comprendre entièrement l'autre – ou soi-même !

C'est même contre-productif. Non seulement, le canal qui nous connecte à l'autre – le langage, notre empathie – ne possède pas une bande passante suffisante pour transmettre toutes ces nuances et cette complexité. Mais en plus, le simple schéma cognitif de l'autre est inimitable : on ne peut pas l'émuler dans le nôtre. Bref, le tuyau et le receptacle sont trop petits et trop simples. On va dépenser de l'énergie au mauvais endroit…

Non, il faut plutôt accepter la différence entre nos visions du monde et partir de là pour intégrer chacune de ces histoires dans une histoire plus grande qui les respecte, les dépasse et nous réunisse. Ça demande une forme de lâcher-prise et de conscience de ce qu'on peut et de ce qu'on ne peut pas.5


  1. l'UX (qui vient de l'anglais User eXperience) est l'expérience que l'utilisateur a en interagissant avec un produit/service. et l'UX design est la conception de telles expériences satisfaisantes ↩︎

  2. traduction personnelle de la loi décrite ici ↩︎

  3. il y aurait probablement un débat sur le choix du mot complexe ou compliqué dans ce cadre. Ou en tout cas, une lecture comparée de cette loi si on changeait le terme. Mais ça sera probablement pour un autre apprenti-sage ! ↩︎

  4. surtout que le phénomène de réactance psychologique va se mettre en place ↩︎

  5. l'exemple le plus extrême est le conte zen du cheval dans le pré ↩︎