Quantité ou qualité ?

La perfection n'apparaît pas forcément où on le pense

Dans le livre Art & fear1, David Bayles et Ted Orland partagent une histoire intéressante :

Le professeur de céramique annoncera le jour du premier cours qu'il allait diviser la classe en deux groupes. Ceux installés du côté gauche de l'atelier seraient évalués simplement sur la quantité d'œuvres qu'ils produiraient, tandis que ceux installés à droite le seraient sur la qualité.

Sa procédure serait très simple : le dernier jour de classe, il apporterait sa balance de salle de bain et il pèserait le travail du groupe quantité. Un poids de 25 kg de vases donnerait un « A », 20 kg un « B », etc. Ceux du groupe qualité devraient en revanche produire un seul vase chacun. Un vase parfait donnerait un « A ».

À la fin de la période, quelque chose de curieux apparut : les œuvres de meilleure qualité étaient toutes produites par le groupe qui était évalué sur la quantité. Il se trouve que pendant que le groupe quantité s'occupait à produire de nombreux vases – et à apprendre de leurs erreurs – le groupe qualité s'était arrêté longtemps à théoriser sur la perfection, et, finalement, n'avait pas grand-chose d'autre à présenter que des théories grandioses et un tas d'argile morte.

C'est probablement une fable, mais je crois assez profondément à ce qu'elle cherche à prouver.

Et c'est un rappel régulier que je dois me faire, car j'adore aussi la théorisation d'un sujet : elle nourrit mon côté très cérébral. Néanmoins, elle me fait peu avancer. Le nombre de projets que j'ai lancés dans ma tête, mais seulement dans ma tête !

Cette fable est donc un bon coup de pied dans les fesses. Non seulement la meilleure façon de faire quelque chose est de le faire. Mais encore, la meilleure façon d'apprendre quelque chose est de le faire. Et encore plus, la meilleure façon de faire quelque chose bien est de le faire beaucoup.

C'est un principe qu'on retrouve dans le brainstorming : on suspend son jugement et on cherche à produire le plus d'idées possible.

On retombe aussi sur le principe d'itération, cher à l'agilité. Si je veux faire une chose très bien, je commence par la faire et je construis des boucles de rétroaction me permettant de l'améliorer constamment. Ainsi, même sur un seul artefact, je peux avoir une approche quantité afin d'obtenir au final de la qualité.

C'est d'ailleurs un peu le principe que j'ai retenu pour « apprenti-sage ». Je choisis d'écrire très régulièrement – tous les matins – des articles assez courts – je me donne environ 30-45 minutes pour le faire. J'aurais pu choisir d'écrire plus rarement un article très long et très travaillé, mais je pense que si j'avais choisi cette voie, je n'écrirais rien du tout.

La qualité est, selon moi, assez variable, mais au moins je suis dans l'action.

Et je crois que je fais de nombreux apprentissages au passage : découvrir un style d'écriture qui me va bien, faire des liens entre des idées, déclencher des conversations avec des gens, etc.


  1. Bayles, David, et Ted Orland. Art & fear : observations on the perils (and rewards) of artmaking. Santa Barbara, CA : Capra, 1993. ↩︎