Seuil de Doherty

Vite fait, bien fait. Vraiment ? – #UX 2/20

Cet apprenti-sage fait partie d'une série où j'explore la transposition de lois de l'UX design1 à la relation intra- et inter-personnelle – notamment dans le contexte du coaching.


Dans le contexte de l'UX, cette loi dit2 :

La productivité explose lorsque l'utilisateur et la machine interagissent à une vitesse suffisante (< 400 ms) pour qu'aucun n'attende l'autre

Dans le contexte qui nous intéresse, il me vient deux réflexions un peu contradictoires.

D'un côté, je me dis que forcer – ce qui va plus loin que permettre – une interaction rapide permet de shunter la mécanique du conscient et de laisser l'inconscient s'exprimer. C'est notamment le principe du test de Rorschach, où un thérapeute demande à son patient de réagir rapidement aux tâches d'encre qu'il lui présente. C'est un moyen de projeter les préoccupations du patient sur l'image et d'ainsi tenter d'accéder à son inconscient.

Pour parler le langage de Kahneman3, on retrouve ici l'intérêt parfois de favoriser le système 1 – instinctif – en ne laissant pas le temps au système 2 – réfléchi – de s'exprimer. Ce qui m'amène à la réflexion opposée.

Dans bien des cas, la réponse instinctive est celle qui nous pose problème. Elle correspond à une habitude que nous avons ancrée en conséquence d'un modèle mental, d'un biais cognitif ou d'une croyance que nous considérons aujourd'hui comme contre-productif pour mener notre vie. C'est le cas le plus courant en coaching : nous souhaitons mettre en changement dans notre vie mais il y a une résistance qui se trouve au niveau logique4 de la croyance.

Dans ce contexte, il est important, de laisser le système 2 prendre le temps d'analyser et de juger la situation, et notamment la réponse du système 1. Cela ne peut se faire qu'avec du temps. Ainsi, forcer une interaction lente – en laissant des silences, en posant plusieurs fois la même question, etc. – peut permettre d'aller plus profond et de mettre en place une transformation durable.

Une analogie parlante est celle de l'amitié. Je ne participe plus vraiment à des grands dîners/soirées avec beaucoup de monde car je trouve que le peu de temps disponible pour développer la relation apporte finalement plus de frustration qu'autre chose. Je préfère favoriser un temps long – un week-end, une longue balade – pour avoir le temps de déployer quelque chose de riche.

Pour conclure, je dirais que favoriser une interaction rapide est utile pour mettre à jour des fonctionnements instinctifs que l'on peut ensuite combattre en favorisant une interaction lente.


  1. l'UX (qui vient de l'anglais User eXperience) est l'expérience que l'utilisateur a en interagissant avec un produit/service. et l'UX design est la conception de telles expériences satisfaisantes ↩︎

  2. traduction personnelle de la loi décrite ici ↩︎

  3. c'est la théorie de Kahneman, vue déjà dans cet apprenti-sage sur l'empathie et développée dans son livre : Kahneman, D. (2012). Thinking, fast and slow. Penguin Books. ↩︎

  4. pour ceux qui ne connaissent pas, voir l'introduction au modèle ↩︎