Tirer et relâcher

Deux façons de mener sa vie … et toutes les questions que cela pose

Un proverbe égyptien soutient :

L'archer atteint sa cible en partie en tirant et en partie en relâchant.

Le batelier atteint l'autre riche en partie en tirant et en partie en relâchant.

J'aime beaucoup cette image. Et elle est pour moi le symbole de la vie.

On peut choisir de mener sa vie en passant son temps à tirer : chercher à toujours obtenir le meilleur, chercher à avoir toujours raison1, etc. Bref à voir la vie comme une compétition perpétuelle et passer son temps à vouloir en tirer le maximum.

On peut choisir de mener sa vie en passant son temps à relâcher : se laisser porter par le courant, accepter tout ce qui arrive, etc. Bref à voir la vie comme un fleuve qui s'écoule, indépendamment de nos actions ; et à ne rien en chercher.

Dans le premier cas, on peut être dans le rejet de la réalité, à vouloir courber le monde à son souhait. On connaît les citations « inspirantes » du style : « Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde y parviennent.2 » Et d'une certaine manière, ça n'est pas complètement faux. Mais à quel prix ? Celui de n'être jamais rassasié ? Celui d'être en tension constante ? Celui d'être en relation de domination systématique ?

Dans le second cas, on peut être dans une acceptation très radicale de la réalité, une sorte de fatalisme. À ne pas vouloir déranger le « destin » du monde, on devient sans action. Mais à quel prix ? Celui de subir systématiquement ? Celui de n'avoir plus de libre arbitre ?

Je ne suis pas assez éveillé pour être dans l'acceptation radicale : j'aurais toujours des réveils de mon égo qui seront une source de grande souffrance. Du coup, je décide de naviguer un peu entre les deux et de faire comme l'archer et le batelier.

Mais alors, je tombe sur la question la plus compliquée de ma vie3 : « quand décider de persister ou bien de passer à autre chose ? »

Un de ses corollaires est : « quand décider d'accepter de compromettre ? » C'est un sujet compliqué, car il engage finalement deux valeurs ou besoins profonds qui entrent en conflit. Et hiérarchiser ses valeurs n'est jamais un exercice simple.


  1. Voir l'apprenti-sage précédent sur avoir raison ou être heureux ↩︎

  2. C'est de Steve Jobs, étonnant non ? ↩︎

  3. C'est mon anniversaire aujourd'hui donc c'est un bon jour pour y repenser… ↩︎