Une version du monde…

Une expression du langage toute simple, mais qui rouvre le champ des possibles

J'utilise assez régulièrement l'expression « il existe une version du monde dans laquelle… »

Face à une situation teintée d'incertitude, j'utilise cette formule pour explorer des scénarii alternatifs, qui sont plausibles, mais que je ne considère pas forcément en première approche.1

Par exemple, j'en fais un usage répété dans le contexte interpersonnel, où il est trop facile de faire des suppositions2 sur les intentions de l'autre.

Cas trivial, mais pourtant si courant : j'envoie un message, important pour moi, à quelqu'un et il ne me répond pas. Au bout de quelques jours, je vais peut-être m'agacer et prêter différentes intentions à son absence de réponse. Il ne sait pas quoi répondre ! Il ne veut pas me répondre ! Il m'ignore délibérément ! Il fait ça pour que je le supplie ! Etc.

C'est souvent utile, au moment où je détecte cette boucle dans laquelle je me mets, de faire une rapide pause et de me dire : il existe une version du monde dans laquelle il n'a même pas vu mon email, parce qu'il est très occupé, malade, etc.

Tout de suite, ça permet de redescendre de quelques étages3

Cette expression toute simple fait partie de l'arsenal pratique de ce que j'avais appelé, en m'amusant, le rasoir de Le Gendre4, cette présomption de bonne intention de la part de l'autre.

Elle rouvre le champ des possibles et me replace dans une position d'accueil ce qui est, plutôt que de ce que je veux.5


  1. C'est probablement encore un coup de ce satané système 1 ↩︎

  2. Pourtant, les Toltèques nous conseillent de ne pas en faire des suppositions ! ↩︎

  3. C'est une expression qu'utilisait un collègue avec lequel je travaillais il y a quelques années et je la trouve très bien imagée. ↩︎

  4. J'ai introduit ce sujet à l'occasion d'un apprenti-sage sur le rasoir d'Ockham ↩︎

  5. Et je crois qu'une grande partie de la souffrance humain provient de ce décalage. ↩︎