Biais rétrospectif

Biais cognitif – je ré-écris l'histoire a posteriori, pour me rassurer

Dans la série1 « mon cerveau me joue des tours2 », rubrique « mes biais cognitifs », je demande le biais rétrospectif.

C'est le biais qui s'exprime lorsque je surestime, a posteriori, le fait que des évènements auraient pu être anticipés moyennant davantage de prévoyance ou de clairvoyance.

Baruch Fischhoff remarque dans les années 70 que lorsqu'il interroge des médecins, il les entend souvent dire qu'ils savaient, avant même que cela soit avéré, comment une maladie allait évoluer chez leurs patients. Il s'interroge alors : « pourquoi, si nous sommes si doués pour prévoir le futur, n'avons-nous pas plus de succès ? » C'est le point de départ d'études qui démontreront ensuite l'existence de ce biais rétrospectif.

Le fonctionnement cognitif précis de ce biais, et notamment le rôle de la mémoire, est encore débattu,3 mais une des causes de son apparition est probablement notre profond malaise vis-à-vis de l'incertitude et notre volonté très forte de rester en contrôle. En réussissant à expliquer un évènement a posteriori, nous cherchons à nous convaincre que nous arriverons à le prévoir…

J'ai vraiment pris conscience de ce biais lorsque je travaillais en finance. Les traders tombaient parfois dans le panneau en tentant de refaire l'histoire a posteriori. C'était toujours facile de dire, « c'est dommage, j'aurais dû acheter cette action, j'étais sûr qu'elle allait monter » quelques jours après une belle hausse. On appelle ça du back-trading. Beaucoup de gens, moi compris, ont une histoire à raconter sur l'époque où le bitcoin valait 1 $ et qu'ils auraient dû en acheter ! Ou ceux qui avaient l'idée de créer un site comme Facebook, avant que Facebook ne connaisse le succès !

Dans un contexte intrapersonnel, ce biais peut me faire beaucoup de mal, car je pourrais avoir tendance à me juger très durement sur des erreurs passées. Le biais rétrospectif me poussera à croire aujourd'hui que j'aurais pu vraiment mieux agir à l'époque, car « tous les éléments étaient déjà là pour savoir ce qui allait se passer ! » C'est très facile de tomber dans ce piège et de basculer en position de vie4 -/+, celle qui dit « je ne suis pas OK, les autres sont OK… »

Et idem avec les autres. « Tu aurais dû le savoir ! » Et là on risque de passer en +/-…

La vérité est beaucoup plus incertaine que ça.

Je préfère adopter, même si ce n'est pas toujours évident, ce présupposé de la Programmation Neuro-Linguistique :

Les personnes adoptent le meilleur choix possible, compte tenu de leurs possibilités et de leurs capacités et en fonction de ce qu'ils perçoivent de valable pour eux dans leur modèle du monde.


  1. J'essaie de documenter différents biais cognitifs, une fois par semaine, un peu comme je l'avais fait pour les lois de l'UX. ↩︎

  2. Cette expression est inspirée du livre : Albert Moukheiber. Votre cerveau vous joue des tours, 2020. On me l'a chaudement recommandé. Je ne l'ai pas encore lu, mais ce podcast, avec le philosophe Charles Pépin, est à écouter. ↩︎

  3. Plus de détails sur la page Wikipédia du biais. ↩︎

  4. Revoir cet apprenti-sage au sujet des positions de vie. ↩︎