Conseil, écoute, câlin ?

Il arrive qu'on ait simplement besoin d'un câlin…

Lorsqu'on est dans une situation compliquée, ou bien qu'il nous arrive quelque chose de lourd, on va chercher chez les autres une source de réconfort. Mais souvent, ce que l'autre nous offre n'est pas ce qu'on attendait ou ce dont on avait besoin.

Ed Batista, un coach américain dont je suis les publications1 et que j'ai déjà évoqué ici2, propose à ses clients, lors de leur interaction avec leur famille, leurs collègues ou leurs amis sur ce genre de sujet, de clarifier ce dont ils ont besoin :

  • Ai-je besoin d'un conseil ?
  • Ai-je besoin d'écoute ?
  • Ai-je besoin d'un câlin ?

Ces trois besoins correspondent à trois postures attendues en face : consultant, empathie, compassion.

Souvent, nos amis nous reçoivent avec la première posture. Ils ne peuvent s'empêcher de donner leur avis ou leur conseil, de rapporter notre situation à leur propre expérience, etc. Parfois, c'est ce qu'on cherche vraiment, mais je crois que c'est assez rare… Et ça peut créer un rejet chez nous…

La posture d'empathie3 et d'écoute pure de ce que l'autre ressent et partage est souvent une bonne posture. C'est celle pratiquée en général par le coach. Elle permet un vrai accompagnement de l'autre, une aide à l'exploration de ce qui se passe à l'intérieur. Et ceci tout en gardant une distance nécessaire pour éviter l'identification aux ressentis de l'autre et le poids important de ses émotions qui pourrait être lourd à porter soi-même. Elle est pleine d'humanité, mais elle peut paraître malgré tout un peu trop distante.

La posture de compassion est celle où on va embrasser largement la souffrance de l'autre pour souffrir avec lui et essayer de porter une partie de son fardeau. On va pleurer avec lui et se consoler avec lui. Elle nécessite souvent une relation établie de sécurité psychologique permettant ce partage et cette vulnérabilité. Même si on a vu souvent des gens proposer dans la rue – avant la pandémie de COVID-19 – des « câlins gratuits » (free hugs).

L'analyse des postures que je présente ci-dessus se démarque de ce que propose Batista, en ce qu'il met l'empathie et la compassion dans le même sac dans le cas du câlin et ne garde que l'écoute dans le cas n° 2. Je crois plutôt que l'écoute est la base de l'empathie. Et qu'un câlin peut être empathique ou compassionnel. Pour garder les trois niveaux clairement séparés, j'ai choisi de clairement séparer empathie et compassion. C'est aussi une histoire culturelle : les Américains généralisent le hug (qui est plutôt une accolade qu'un câlin) pour se saluer, sans lui conférer la même signification très intime que nous lui donnons.

Au-delà de cet écart de modélisation, l'enjeu principal est de comprendre trois choses :

  • la réponse naturelle de conseil est rarement la bonne dans ce genre de circonstance
  • clarifier à l'autre notre besoin afin de faire une demande4 claire peut aider à le nourrir
  • parfois nous avons juste besoin d'un câlin…

  1. Voici celle dont j'ai extrait cet apprenti-sage. ↩︎

  2. À relire : nos besoins sociaux. ↩︎

  3. À relire : empathie. ↩︎

  4. À relire : la communication non violente. ↩︎