Contraste mental

Mes rêveries sont à double-tranchant, à la fois inspirantes mais aussi suffisantes

Mes rêveries sont des plans que je formule dans ma tête et qui me permettent d'explorer un état futur que je désire. Je peux y être un écrivain, un menuisier, ou à la tête d'une startup qui change le monde…

Cette pensée positive m'inspire. Elle m'aide à explorer mon « moi idéal » – la personne que je voudrais être le reste de ma vie. Si tant est que j'aie envie de me figer pour les 40 prochaines années ! Elle peut aussi servir d'échappatoire, pour adoucir un quotidien trop en décalage avec ma vision.

Il semblerait néanmoins que ces rêves m'éloignent en fait de leur réalisation. Un peu comme le retour du bâton de la pensée positive.

Le psychologue Gabriele Oettingen a montré1 exactement ce phénomène. À sa source : le fait que lorsque je réalise virtuellement mes rêves, cela produit en moi les mêmes effets – temporaires – que lorsque je les réalise réellement. Inconsciemment, je confonds mes rêves et la réalité, et ça me suffit ! Cela a été observé à propos de gens souhaitant perdre du poids, obtenir une réussite académique, faire plus d'exercice, avoir de meilleures relations amoureuses, etc.

D'un côté, c'est bien : je peux choisir de vivre en dehors de la réalité et obtenir les bienfaits de ma vie rêvée. Mais le réveil est dur. Ma souffrance se trouve dans le décalage entre ce qui est et ce que je voudrais qu'il soit. Et ces rêves-là peuvent me faire faire un grand écart…

Oettingen propose une pratique très efficace pour contrer ce phénomène : le contraste mental. Cela consiste en 4 étapes :

  • décider de ce que l'on veut
  • imaginer les résultats que cela permet
  • identifier les obstacles
  • faire un plan d'action en conséquence

La 3e étape, qui fournit le contraste est primordiale pour débloquer la suite.

Finalement, c'est assez proche d'un processus de coaching : je me projette dans un état désiré, je définis un objectif précis, je regarde ou je redécouvre les ressources à ma disposition pour y aller, j'identifie les freins qui m'empêchent de me mettre en mouvement et je les transforme.

Ainsi, la visualisation positive, c'est bien… mais ça n'est qu'une étape.


  1. Gabriele Oettingen et Klaus M. Reininger, « The power of prospection: mental contrasting and behavior change », Social and Personnality Psychology Compass, 10, 2016, p. 591-604. ↩︎