Les 2 loups intérieurs

Il y a de la dualité en moi, un côté obscur et un côté clair et je dois être conscient de celui que je nourris

Voici un joli conte1 cherokee2 :

Un homme âgé dit à son petit-fils, venu le voir très en colère contre un ami qui s'était montré injuste envers lui :
— Laisse-moi te raconter une histoire…
Il m'arrive aussi, parfois, de ressentir de la haine contre ceux qui se conduisent mal et n'en éprouvent aucun regret.
Mais la haine t'épuise, et ne blesse pas ton ennemi.
C'est comme avaler du poison et désirer que ton ennemi en meure.
J'ai souvent combattu ces sentiments.

Il continua :
— C'est comme si j'avais deux loups à l'intérieur de moi.
Le premier est bon et ne me fait aucun tort. Il vit en harmonie avec tout ce qui l'entoure et ne s'offense pas lorsqu'il n'y a pas lieu de s'offenser. Il combat uniquement lorsque c'est juste de le faire, et il le fait de manière juste.
Mais l'autre loup, ah ! Il est plein de colère. La plus petite chose le précipite dans des accès de rage. Il se bat contre n'importe qui, tout le temps, sans raison. Il n'est pas capable de penser parce que sa colère et sa haine sont immenses. Il est désespérément en colère, et pourtant sa colère ne change rien. II est parfois si difficile de vivre avec ces deux loups à l'intérieur de moi, parce que tous deux veulent dominer mon esprit.

Le garçon regarda attentivement son grand-père dans les yeux et demanda :
— Lequel des deux l'emporte, grand-père ?

Le grand-père sourit et répondit doucement :
— Celui que je nourris.

Pour moi, ça parle de conscience et de responsabilité, ce conte.

Conscience des parties de moi, même les moins avouables, et qui sont pourtant là. Conscience que, finalement, les actions que je fais contribuent à me changer et peut-être à renforcer l'une de ses parties.

Ainsi, je suis responsable de ce que je ressens. Je crois que je le suis directement3. Mais le conte me montre que je le suis en tout cas indirectement. En choisissant de renforcer mon loup haineux – et je pense qu'en fait, c'est surtout un loup triste –, je crée des automatismes de pensées, je lui laisse un chemin encore plus simple vers mes actions. Bref, je lui facilite la vie. Et c'est ma responsabilité.

Briser cette spirale n'est, en revanche, pas un sujet simple. Mais je crois que faire preuve de gratitude régulièrement est une clé pour renforcer le loup aimant…

Une autre version de ce conte cherokee a une fin tout autre : le grand-père conseille de nourrir les deux loups afin de les guider vers le bon chemin et de maintenir un équilibre.

Accepter cette dualité doit permettre d'éviter que le loup de colère ne se tapisse dans un coin en attendant son heure. Accepter cette humanité en moi, sans l'acculer, doit permettre d'entendre ce qu'elle veut me dire et d'accueillir les précieuses leçons qu'elle a à m'offrir.

Je crois que cette version est encore plus raisonnable.

Édit. : je relis cet apprenti-sage au passage de sa migration et je me dis que même si elle est parlante, cette dualité est un peu trop simpliste. Je suis bien plus de nuances que ces deux loups…


Illustration originale réalisée pour
  Faciliter le changement
Illustration originale que j'avais réalisée pour "Faciliter le changement"

Note : cet apprenti-sage faisait partie de la section « Faciliter le changement », que je rapatrie dans « Apprenti-sage ». J'ai préservé le contenu initial, corrigé les typos et reformulé parfois à la première personne, mais surtout ajouté des notes, notamment pour les citations de sources ou les liens avec d'autres idées.


  1. Déniché ici . ↩︎

  2. A priori, car c'est assez dur à vérifier, Internet n'étant pas forcément une source très fiable sur ce genre de chose… ↩︎

  3. À relire : fin du monde . ↩︎