Litanie contre la peur

Un mantra qui remets la peur à sa juste place

Dune1 est un livre de science-fiction qui a eu un grand impact sur moi. C'est autant un beau divertissement qu'une fable spirituelle et écologique qui m'invite à interroger mon rapport à notre planète, aux religions, à l'éveil spirituel et le rôle que les drogues peuvent avoir pour l'atteindre…

Face à la peur, plusieurs personnages qui ont été formés au rituel Bene Gesserit – une caste religieuse de femmes plutôt sorcières – récitent pour eux-mêmes la litanie contre la peur, comme un mantra afin de se donner du courage :

Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l'esprit.
La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale.
J'affronterai ma peur.
Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi.
Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin.
Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien.
Rien que moi.

Ce sont probablement les mots les plus célèbres de Franck Herbert, connus par cœur par des milliers de fans.

Je n'ai jamais essayé de l'utiliser face à la peur, mais je peux comprendre son intérêt.

Déjà, elle remet la peur à sa place. La peur est une émotion forte que je peux ressentir face au danger. C'est donc un mécanisme interne que je développe, consciemment ou non, ancré dans mes intuitions et mes projections. Pour moi, la peur agit principalement à deux instants :

  • avant que le danger ne se présente vraiment, comme un signal m'invitant à être alerte,
  • après que le danger est passé, comme une phase de décompression et de relecture a posteriori de ce qui aurait pu m'arriver.

Au moment où le danger est vraiment là, je crois que la peur est finalement assez peu présente. Je bascule en stratégie de survie2, oui. Mais je ne crois pas que je suis vraiment dans la peur, à moins d'être dans la plus rare stratégie où je reste figé.

La peur n'est pas qu'une mauvaise chose. Elle peut m'aider à sentir le danger, à m'éviter de me faire écraser par une voiture, etc. Mais elle prend parfois une place beaucoup trop importante. Elle peut m'empêcher de vivre et parfois de déployer mes talents3.

De même, le courage n'est pas l'absence de peur. C'est simplement la capacité à continuer d'agir, alors même que la peur est là. Cette litanie contre la peur est un mantra qui peut donner du courage. Elle ne cherche pas à la supprimer, mais simplement à la laisser nous traverser et prendre du recul sur son action. Car contrairement à moi, elle ne reste pas.

S'il y a une peur que je ressens fortement dans la vie, c'est que mes enfants se fassent renverser dans la rue. Ils font toujours un peu les fous, les trottoirs sont étroits là où j'habite et les gens roulent vite – c'est la campagne. Je suis toujours dans l'anticipation permanente d'un danger pour eux et du coup dans une tension systématique, qui se reflète dans ma relation à eux. D'un côté, je trouve cette peur justifiée, mais je reconnais que ces effets sont trop importants sur moi. Ce mantra peut-il m'aider ?


  1. Frank Herbert, Dune, 2006. ↩︎

  2. À relire : stratégies de survie . ↩︎

  3. À relire : notre peur la plus profonde . ↩︎