Hugues Le Gendre

(note n°178 du )

(note reprise dans l'almanach : aller lire la version enrichie)

Piège de cadrage

Biais cognitif -- la façon de présenter les choses impacte le degré de risque que l'on prend

Dans la série1 mon cerveau me joue des tours2, rubrique mes biais cognitifs, je demande le piège de cadrage.

D’après Wikipédia :

Le cadrage est l’action de présenter un « cadre cognitif » comme approprié pour réfléchir sur un sujet. Ce cadrage peut avoir un effet sur le raisonnement et conduire à des choix différents en fonction de la façon dont le problème a été formulé.

Ce phénomène a été étudié3 par Tversky et Kahneman4. Ils prennent deux groupes à qui ils indiquent devoir prendre une décision politique pour faire face au déclenchement d’une épidémie. Le premier groupe a le choix entre sauver 200 personnes sur 600 à coup sûr et une chance sur trois de sauver les 600 personnes. Le second groupe a le choix entre laisser mourir 400 personnes et deux chances sur trois de voir 600 personnes mourir. Ainsi les propositions sont strictement équivalentes, mais formulées très différemment. Évidemment, les choix des deux groupes ont été très différents :

Plus généralement, les gens font plutôt preuve d’aversion au risque dans un contexte formulé positivement et d’appétence au risque dans un contexte formulé négativement. Plusieurs théories expliquent ce phénomène — notamment le lien avec les fonctions régulatrices des émotions dans le cerveau — et la lecture de sa page Wikipédia en anglais5 est passionnante.

Ce biais cognitif est exploité partout, notamment en marketing : la façon de présenter une offre va avoir un impact sur la décision du prospect. En cela, il devient un vrai piège de cadrage.

C’est un sujet très étudié dans la communication aussi. Les médias l’utilisent, consciemment ou non, de façon constante. C’est aussi une des raisons pour lesquelles les messages alarmistes au sujet du climat passent assez mal alors même que des messages formulés positivement qui projettent la personne dans un état désirable sont plus efficaces. Ce champ a été ensuite très exploré par la psychologie positive.

Comme d’habitude avec les biais, le meilleur moyen de les contrer est de favoriser au maximum le fonctionnement du système 24 du cerveau. C’est un exercice compliqué qui demande de la conscience et de l’énergie.

Notes & références

  1. J’essaie de documenter différents biais cognitifs, une fois par semaine, un peu comme je l’avais fait pour les lois de l’UX.

  2. Cette expression est inspirée du livre : A. Moukheiber, Votre cerveau vous joue des tours, 2019. On me l’a chaudement recommandé. Je ne l’ai pas encore lu, mais ce podcast, avec le philosophe Charles Pépin, est à écouter. Édit. : c’est maintenant fait.

  3. Amos Tversky et Daniel Kahneman, « The Framing of Decisions and the Psychology of Choice », Science, 1981, 211, p 453-458.

  4. À relire sur Kahneman : système 1 et 2 (et les nombreux apprenti-sages qui citent celui-là). 2

  5. À lire ici.

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Je m'appelle Hugues Le Gendre et je convertis les problèmes complexes de mes clients en opportunités d'agir autement et de nous transformer (eux et moi).

Mes notes d'apprenti-sage sont la collection des petites choses du quotidien qui me nourrissent, modifient mes modèles mentaux, affinent ma philosophie de vie et me guident sur mon chemin d'apprenti-sage.

Une partie d'entre elles a été réunie dans un almanach : une invitation quotidienne au développement personnel et professionnel. En partageant des théories et des pratiques, documentées précisément et mises en lien avec la vraie vie, et en posant une question importante par jour, il contribue à devenir plus conscient⸱e, s'examiner honnêtement et actualiser sa propre philosophie de vie. En tout cas, ça en a été l'effet sur moi et sur des milliers de lecteurs depuis que je publie mon journal !
Il donne aussi une idée de ce que je cherche à insuffler dans mes interventions.

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