Tout faire ou faire tout

Ne les confondons pas : l'un est possible mais l'autre généralement pas

J'aime à croire que je peux tout faire.

J'ai suivi un cursus de formation d'ingénieur généraliste et j'ai toujours cultivé depuis ma jeunesse des intérêts très divers. J'interviens pour mes clients sur des sujets très variés : de la psychologie et la philosophie (coaching) aux infrastructures de traitement de données en passant par l'innovation de business modèles, la stratégie ou le marketing. Je suis aussi à l'aise et j'aime à travailler avec mes mains – bricolage, menuiserie, etc.

Même si j'ai en moi une tension – légère – entre la volonté d'être un généraliste et la reconnaissance plus facile qu'obtient un spécialiste, je suis très satisfait de mon chemin.

J'ai du coup développé cette croyance que je peux tout faire. Qu'aucun sujet ne m'est vraiment hors de portée si je décide d'y consacrer suffisamment d'énergie et de temps – 10 000 heures ? 20 heures ?1

Mais j'ai aussi compris que je ne pouvais pas faire tout. Souvent à mes dépens.

Je dois choisir les sujets sur lesquels je m'investis au risque d'en commencer beaucoup et d'en finir assez peu.

En plus, j'adore les phases de démarrage de projet, lorsque le cadre n'est pas encore posé et qu'il y a beaucoup d'incertitudes – ce qui est à mon sens une phase où les généralistes ont un vrai avantage. J'adore me projeter dans ce que cela pourrait donner. Je dois donc faire très attention pour ne pas m'éparpiller.

J'ai fait une pause d'écriture – et même de ma routine2 matinale complète – de pratiquement trois semaines.

Je démarre un nouveau chapitre de ma vie, dans un nouveau lieu qui correspond mieux à mes aspirations et celle de ma famille. Et j'y dépense actuellement beaucoup d'énergie pour l'améliorer – esthétique ET fonctionnalité3. Les enfants étaient aussi à la maison pendant 3 semaines.

J'ai dû faire un choix, ou plutôt prendre une décision4. J'ai décidé de relâcher ma routine pour me reposer et prendre du temps pour d'autres sujets.

J'ai tout de même ressenti une tension presque tous les matins. Je pense que j'avais peur, au fond, que je ne sois plus capable de retrouver cette discipline qui m'apporte tant dans ce nouvel endroit. Je pense que j'avais peur d'avoir laissé cette partie de moi avec le déménagement.

Mais j'ai aussi reconnu que si je pouvais tout faire, je ne pouvais pas faire tout.

Et ce matin, je me suis levé avant le soleil et j'ai écrit.


  1. À relire : les 20 premières heures . ↩︎

  2. À relire : pour quoi j'écris . ↩︎

  3. À relire : effet d'esthétisme-fonctionnalité . ↩︎

  4. À relire : choix ou décision . ↩︎