Connexion forcée

Générer des idées en forçant un lien entre de sujets disjoints

Les connexions forcées1 sont un protocole issu du Creative Problem Solving, un ensemble de méthodes qui ont commencé à être développées au milieu de 20e siècle afin de résoudre des problèmes complexes.

Le principe a été inventé par Don Koberg et Jim Bagnall en 19742, sous le nom Morphological Forced Connections – soit connexions forcées morphologiques. Il a depuis été utilisé dans de nombreux contextes de design, notamment à la Nasa.

L'idée est de forcer des connexions entre des idées ou des attributs en général considérés indépendamment. On guide ainsi le cerveau dans des zones où il n'est pas habitué à aller en forçant un système 23 contraint dans une direction.

En pratique, l'idée d'origine est d'utiliser un tableau où en haut de chaque colonne, j'inscris une caractéristique de mon problème ou une dimension de mon design. Ensuite, sous chacun de ces éléments, j'écris en ligne toutes les variations possibles autour de ce thème. Pour finir, je prends un élément au hasard dans chaque colonne et je regarde ce que cela m'inspire.

Ainsi, en partant de l'exemple d'une imprimante, au départ, elle imprimait du texte sur du papier avec de l'encre. Je peux construire un tableau à 3 colonnes avec en haut « texte », « papier », « encre », puis décliner toutes les alternatives. Je peux ainsi tomber sur une imprimante 3D qui imprime des objets dans l'air avec du plastique, ou un objet qui imprime des gâteaux sur une plaque chaude avec de la pâte à gâteau, etc.

Une version alternative plus simple consiste à poser un sujet et tirer des cartes représentant des sujets qui n'ont rien à avoir et forcer le cerveau à faire une connexion entre les deux pour faire apparaître une nouvelle idée.

On peut par exemple utiliser un photolangage. C'est un jeu de photos qui représente des situations, des paysages, des objets et qui permet de créer un appel, une résonance, pour exprimer une idée complexe. Je m'en sers beaucoup pour provoquer des discussions autour des valeurs d'une équipe par exemple. Le jeu de société Dixit fonctionne aussi très bien, car il est constitué de cartes aux illustrations très poétiques et suffisamment riches pour déclencher des interprétations différentes chez les gens. Mais on peut trouver encore d'autres sources de connexions forcées.

L'exercice du portrait chinois est aussi un bon exemple de connexions forcées. Je pars d'un sujet potentiellement très sérieux et je pose plusieurs questions successives : si X était un animal ? si X était un plat ? si X était un bâtiment ? si X était un film ? si X était une chanson ? Bien qu'en apparence enfantin, cet exercice permet d'exprimer des caractéristiques nouvelles et de créer un langage métaphorique du sujet exploré. Et comme on a pu le voir dans la Loi de Prägnanz4, les métaphores jouent un rôle essentiel dans notre construction du monde et de notre communication.


  1. Merci à Gaële qui a mis un nom sur un protocole que j'utilisais de temps en temps et m'a donné envie de l'explorer plus en détail. ↩︎

  2. D. Koberg et J. Bagnal, The Universal Traveler, 1974. ↩︎

  3. À relire : système 1, système 2 . ↩︎

  4. Pour rappel, la Loi de Prägnanz dit que les gens ont tendance à considérer des objets complexes sous leur forme la plus simple ↩︎