Construire une machine à inventer

6 leçons à apprendre d'Amazon sur l'innovation

Quoi qu'on dise, Amazon est une machine à innover très efficace.

J'ai énormément réduit ma dépendance à sa partie commerce en ligne ces dernières années en ayant pris conscience des conséquences systémiques de mon usage. Néanmoins, je dois reconnaître qu'ils sont très forts, notamment sur la partie cloud AWS.

Et comme je suis fortement branché sur les sujets d'innovation, mon attention a été attirée par un livre1 récent écrit par Colin Bryar et Bill Carr, deux ex-exécutifs d'Amazon y ayant passé pas loin de 20 ans. Cet article2 en a extrait 6 leçons à destination de start-ups ou d'innovateurs :

  • Ralentir pour aller vite, et innover
    Alors que l'approche traditionnelle est d'itérer le plus vite possible pour trouver un fit, Amazon choisit de prendre du recul et du temps3 pour taper juste. Par exemple, l'équipe d'AWS a passé 18 mois à réfléchir, interroger des clients internes et se forger une vision avant d'écrire la première ligne de code.
  • Réfléchir autour des besoins du client et pas de ses propres compétences
    Car finalement, les secondes pourront être développées par la suite, alors que l'on n'a pas le contrôle sur les premières.
  • Rester flexible sur les détails, mais ne pas laisser l'innovation être un job à temps partiel
    En première partie, on retrouve un principe déjà évoqué ici4. La seconde partie est très exigeante, mais clé, car les demandes du quotidien aspirent toute la bande passante5.
  • Construire à reculons
    Commencer par écrire le communiqué de presse puis les FAQ. Si ça a de l'intérêt, alors on peut ensuite faire des maquettes, etc. Un business plan formel vient en dernier, après des éléments d'expérience client.
  • Les intentions ne fonctionnent pas, les mécanismes oui
    Lorsqu'un problème a été détecté, il faut mettre en place un mécanisme permettant d'éviter qu'il ne se reproduise à l'avenir. Il peut prendre de nombreuses formes : rapports post-mortem, témoignages horribles des clients, Anton cord – concept emprunté aux pratiques lean de Toyota qui permet à chaque opérateur d'interrompre totalement une ligne de production en cas de défaut observé –, etc.
  • Un bon leader plonge profondément dans les détails
    Le processus business est compliqué plus que complexe6 et aller creuser dans les détails, notamment les métriques, afin de le comprendre permet de faire la différence, plutôt qu'avoir seulement une big picture. Et cela ne veut pas dire de micromanager.

Ces leçons sont des conséquences de 14 principes de leadership7, dont avoir une colonne vertébrale et plonger profondément, et 4 piliers culturels : pensée long terme, obsession du client, esprit d'invention, fierté de l'excellence opérationnelle.

Si je fais un pas de côté, je trouve que ces idées fonctionnent assez bien quand on cherche à se réinventer soi-même, notamment dans le cadre de changement de carrière, ou lorsqu'on réfléchit à son positionnement interne dans une organisation : prendre du temps, créer un espace sanctuarisé, se concentrer sur ce que l'on veut voir advenir et pas trop sur ce que l'on sait faire aujourd'hui, mettre en place des rituels et descendre en profondeur.

Après, en lien avec ma seconde phrase, il manque à mon sens quelque chose sur le sens de ce qu'on fait et la vision systémique de ses conséquences.


  1. C. Bryar et B. Carr, Working Backwards, 2021. ↩︎

  2. Lire l'article complet, en anglais. ↩︎

  3. À relire : 2 stratégies d'innovation . ↩︎

  4. À relire : têtu sur la vision, flexible sur les détails . ↩︎

  5. À relire : loi de Parkinson . ↩︎

  6. À relire : complexe ou compliqué . ↩︎

  7. Le lire ici , en anglais. ↩︎