Distractions

Apprendre à être vraiment présent

Pour Otto Scharmer et la Théorie U1, l'enjeu principal de leadership qui s'impose à nous aujourd'hui est la capacité à développer notre présence. Celle-ci va permettre ensuite de sentir ce qui se trame dans le champ social autour de moi et ce qui veut émerger.

Et il y a quatre grandes distractions qui m'empêchent d'être vraiment présent :

  1. le passé
  2. le futur
  3. eux
  4. moi

Lorsque ma pensée est piégée dans les regrets, si elle est occupée à rejouer les conflits ou les choses que j'aurais pu ou dû dire à ce moment-là, alors le passé m'empêche d'être présent. Je suis tourné vers l'arrière et incapable de sentir ce qui veut émerger maintenant.

Pour m'en libérer, tout en capitalisant dessus, il suffit d'observer le passé dans une logique d'apprentissage pour le présent. Autrement dit, tout en restant connecté à ce qui est important pour moi maintenant, je me tourne vers le passé pour voir ce qu'il peut m'apprendre d'utile pour ce que je cherche aujourd'hui.

Lorsque ma pensée est piégée par l'inquiétude du lendemain, de ce qui risque d'y arriver et que je suis dans l'échafaudage de rêves ou de plans trop précis, alors le futur m'empêche d'être présent. Je suis tourné uniquement vers l'avant et incapable de sentir ce qui veut émerger maintenant.

Pour m'en libérer, il faut apprendre à sentir le futur sans s'y accrocher, à cultiver l'inconnu et les possibilités qu'il offre sans chercher à le figer. Autrement dit, élargir mes organes de sensation du futur à d'autre chose qu'uniquement la tête.

Lorsque je mets la faute chez les autres, que je considère qu'ils sont la source de mes problèmes, alors les autres m'empêchent d'être présent. Je suis tourné vers l'extérieur et incapable de considérer que je suis un agent du changement.

Pour m'en libérer, il faut développer un niveau d'écoute profond – 3 et 4 selon la Théorie U –, ce qui me permet de me connecter à l'autre tout en restant présent à moi-même. Ainsi, je dissous la frontière qui nous sépare.

Lorsque ma pensée est centrée sur moi-même, que je ne donne de l'attention qu'à ce qui pourrait m'arriver, alors je m'empêche d'être présent. Je suis tourné vers l'intérieur et incapable de sentir ce qui se joue autour de moi, et en quoi le système dans lequel je suis est amené à évoluer.

Pour m'en libérer, il faut pratiquer cette même qualité d'écoute et de connexion à mon endroit. En entrant en pleine conscience, je m'entends d'une façon non isolée du reste du système.

Ainsi, pour être présent, il faut pratiquer une action un peu paradoxale : naviguer de façon fluide et intentionnelle entre les quatre dimensions sans les laisser devenir des distractions. Les concevoir et les utiliser au service de quelque chose qui se passe maintenant dans le système. Car finalement, c'est le seul endroit où le changement profond peut vraiment apparaître.