Être père, j'y crois

Construire une vision du rôle profond du père

J'ai perdu mon père juste au moment où je suis moi-même devenu père.

Je n'ai jamais eu de conversation sur la paternité avec lui, et je pense que c'est la chose qui me manque le plus dans son absence.

Papa était, notamment, écrivain. Si j'exclus ses publications professionnelles, il a publié 14 livres dans le domaine de la religion, de l'organisation de l'Église, mais plus largement de la spiritualité.

Son dernier livre, écrit entre deux récidives, s'intitule Être père, j'y crois1. Quelle coïncidence heureuse ! D'une certaine façon, je le prends comme une forme de conversation, peut-être un peu à sens unique, sur la paternité. Une des dernières avec lui.

Depuis quelques mois, j'ai la chance de participer à un espace de partage et de soutien sur la paternité. Car c'est un sujet vraiment présent pour moi. J'ai envie d'être un bon père, même si je ne sais bien définir ce que cela veut dire. D'ailleurs, cela teinte ce que j'écris depuis quelque temps, on me l'a dit !

Ainsi, je voulais ici consigner quelques extraits importants pour moi de son dernier ouvrage.

Le père adopte son enfant et a pour but d'en faire un être libre ; il agit pour un jour ne plus être utile.

Peut-être que ça résume assez bien la mission du père. Quelqu'un qui agit pour faire de son enfant un être libre. J'adhère assez à sa vision.

Être père n'est pas acquis d'avance : il faut un certain investissement, une réelle présence, une attention à l'autre reconnu comme fils ou fille. Qu'il soit de la même chair ou pas, l'enfant se trouve « adopté » par cet élan paternel.

Je suis père parce que je ne porte pas l'enfant avant qu'il soit né, et parce que je m'efface jour après jour. Je commence à être père quand je sens l'enfant qui pèse dans mes bras, et parce que j'en accepte le poids.

Je suis père et je ne suis pas la personne la plus importante pour cet enfant qui naît. Je suis en retrait ; l'enfant a besoin de sa mère avant de me connaître.

J'accepte de n'être pas au centre de la photo traditionnelle prise à la maternité. Ce sont l'enfant et sa maman sur lesquels est braqué l'objectif. Et c'est très bien comme ça. De cet effacement relatif du départ naît toute vie de père sur la terre. Car il faut décider de devenir père alors qu'être mère est naturel.

On est loin d'une figure patriarcale, pleine d'une énergie masculine forte et qui se met au centre. Cette conception me parle, même si elle est parfois dure à incarner.

Finalement, il résume une partie de son livre dans ces mots :

La tâche semble rude qui consiste à se convertir intérieurement pour ne plus désirer la première place, pour ne plus chercher comment être le plus grand, pour oser la confiance, fonder son existence sur elle, la reconstruire quand elle a été atteinte, l'entretenir quand elle s'use par la force de l'habitude.

Et je retrouve la définition de l'amour de M. Scott. Peck2 : « c'est la volonté de se dépasser dans le but de nourrir sa propre évolution spirituelle ou celle de quelqu'un d'autre. »

Me convertir intérieurement pour laisser la place et oser la confiance.

Peut-être même, ne pas être un tuteur qui soutient la croissance en permanence, mais plutôt être un exemple silencieux, une présence hors de la lumière, mais toujours là.

Je connais ma mission. Mais je ne sais pas encore vraiment comment la réaliser au mieux. J'avance dans l'incertitude tout en essayant d'oser la confiance. En eux, mais aussi en moi.

Être père est un chemin plus qu'une fin.