A priori négatif

Nous sommes conditionnés à croire le pire, alors même que les preuves du contraire sont là

Au XVIIe, le philosophe Thomas Hobbes écrit son fameux « l'homme est un loup pour l'homme. » Et depuis, cette idée persiste dans notre inconscient.

Alors même qu'on nous donnerait des preuves du contraire, nous continuons de le croire. Ainsi, une étude de psychologues américains conduite en 20111 montre que l'on attribue systématiquement des comportements égoïstes à des gens qui rendent service – par exemple rendent des portefeuilles. Et que l'on continue de le faire alors même qu'on nous montre que la majorité statistique des gens se comporte bien.

Le filtre des médias renforce fortement ce phénomène. Même lorsqu'ils ne sont pas à sensation, ils ont tendance à diffuser des informations plus négatives que positives. Ainsi, lors de l'ouragan Katrina en 2015, les médias se sont emparés d'histoires de pillages qui ont fait le tour du monde. Alors que sur le terrain, il a été prouvé que c'est l'entraide qui régnait et que, si quelques pillages ont eu lieu, ils étaient en relation avec la police, pour sauver et distribuer la nourriture aux habitants qui n'avaient plus rien.

Les preuves ne manquent pas pour nous montrer que nous sommes plutôt une espèce collaborative. Et il en est de même pour les animaux d'ailleurs. La fameuse loi de la jungle n'est valable que dans des cas particuliers de stress alimentaire dans l'écosystème. Le reste du temps, la vraie loi de la jungle est plus tôt celle de l'entraide que celle du plus fort.2

Et les humains font encore plus confiance que les animaux. Nous sommes la seule espèce où le blanc de nos yeux se voit autant. Ceci permet aux autres de voir où nous regardons, et construit ainsi confiance et coopération. Les autres animaux, et notamment les primates, ont le blanc soit invisible, soit très teinté.

Comment combattre notre naturel biais de négativité ?

Déjà, en prenant conscience qu'il est ancré dans des croyances fausses ou datées. La lecture du livre sur l'entraide cité dans cette note2 peut aider. Il y en a d'autres. 1

Ensuite, en se forçant à combiner régulièrement le « rasoir de Le Gendre 😀 » – cette présomption de bonne intention – et l'exercice intellectuel du « il y a une version du monde dans laquelle… » 3 En systématisant consciemment la recherche de l'intention positive, je peux transformer ma croyance, petit à petit.

Enfin, on peut aussi se faire du feedback. En étant l'ezer keneged4 de l'autre, on peut agir comme un miroir. Car Tchekhov écrivait, non sans cynisme : « l'homme devient meilleur si tu lui montres à quoi il ressemble. » 5

C'est un long chemin, mais ça n'est pas pour autant qu'il ne faut pas l'emprunter.


  1. Citée dans : Rutger Bregman, et Elizabeth Manton. Humankind: a hopeful history. 1st english-language edition. New York : Little, Brown and Company, 2020. ↩︎

  2. Voir à ce sujet : Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, L'entraide: L'autre loi de la jungle, 2017. ↩︎

  3. Cette expression il y a une version du monde dans laquelle qui permet de rouvrir le champ des possibles. ↩︎

  4. Le concept d'ezer keneged a été vu ici. ↩︎

  5. Probablement un peu paraphrasée, car je ne l'ai trouvée qu'en anglais : « Man will become better when you show him what he is like. » ↩︎