Aimer ce que l'on fait

Changer de perspective sur la vie et sur nos envies de changement

Dans ma cuisine, dans un coin d'un grand tableau noir où on écrit nos courses, il y a une petite phrase écrite :

Souviens-toi que servir, c'est aimer en actes.

A chaque instant, aime ce que tu fais avant de faire ce que tu aimes.

Elle est extraite du scoutisme et plus précisément du cérémonial de la parole de feu.1

Il y a deux phrases assez indépendantes qui sont toutes les deux sources d'apprentissage.

La première explique simplement ce qu'est le service. Elle donne notamment un éclairage spirituel simple mais profond à ce que l'on peut lire en management à propos du servant-leadership.2 Elle lui donne une coloration humaine : au fond c'est que de l'amour qui se traduit en action. Rien de plus pur que ça. Le mot « amour » peut faire peur, mais il ne doit pas 3 Finalement, quand je coach, je suis en train de servir car je suis en train d'aimer.4

La seconde fait naître en moi encore plus de réflexions, plus d'interrogations. Elle prend à contre-pied pas mal de choses que l'on peut voir en ce moment : tous les programmes de reconversion, toutes les quêtes de changer sa vie pour faire ce que l'on aime. Je ne nie pas du tout que tout ceci est important : quand la souffrance est trop grande, il faut changer… Et c'est d'ailleurs un contexte courant d'intervention en coaching.

Mais prendre le temps de voir les choses de cette autre façon a aussi sa richesse. Comment faire pour aimer ce que je fais, avant tout. Pour y trouver les ingrédients de la joie. C'est une vraie quête intéressante, et qui me guide notamment dans mes interventions en entreprise où la marge du manoeuvre du coaché pour s'épanouir peut parfois être plus limitée. N'oublions pas que la souffrance est de notre fait : c'est le décalage que nous créons entre la réalité et notre envie pour la réalité.5

Le changement de perspective apporté par cette deuxième phrase est fort.

C'est un nouveau regard sur la vie, porteur de l'espoir que déjà tout est là.


  1. c'est un moment très important de la vie d'une guide-aînée – une scoute des SUF qui a entre 17 et 25 ans. Dans un moment formateur de la vie, du développement de la personnalité, de la place dans la vie, c'est un symbole d'engagement. Le rituel est très beau, je vous invite à aller le lire pour avoir une idée de ce que le scoutisme peut permettre en terme de développement personnel et spirituel. ↩︎

  2. à ce sujet, on peut aller voir le site de Robert K. Greenleaf sur le sujet ↩︎

  3. à ce sujet, voir la définition donnée par M. Scott Peck de l'amour : « c’est la volonté de se dépasser dans le but de nourrir sa propre évolution spirituelle ou celle de quelqu’un d’autre » dans son livre exceptionnel : Peck, M. Scott. Le chemin le moins fréquenté: apprendre à vivre avec la vie. Paris : J’ai lu, 2016. ↩︎

  4. je me souviens que Muriel, ma formatrice au coaching partageait avec nous sa vision du coaching : « coacher, c'est donner de l'amour professionnellement ». On ne va pas forcément le dire au coaché mais au fond, c'est ça ! ↩︎

  5. sujet ô combien polémique qu'il faudra que j'aborde plus longuement ici une prochaine fois ↩︎