Urgent ou important

Confrondre les deux est un bon moyen de vivre une vie assez peu intentionnelle

À la suite des 68 conseils non sollicités qu'il avait partagés pour ses 68 ans et qui ont nourri 5 apprenti-sages majeurs1, Kevin Kelly en a repartagé 99 cette année2. Quelques-uns m'ont marqué3, en voici un :

Sois gouverné non par la tyrannie de l'urgent, mais par l'élévation de l'important4.

Confondre l'urgent avec l'important est un bon moyen de vivre une vie assez peu intentionnelle, à courir derrière des objectifs à court terme, souvent imposés par les autres.

Dwight Eisenhower, le 34e président des États-Unis, a clairement exprimé qu'il avait les deux types de problèmes et a précisé : « ce qui est important est rarement urgent et ce qui est urgent est rarement important."5

À la suite de cette remarque a été créée6 la matrice d'Eisenhower, un outil simple et visuel permettant prendre les bonnes décisions face à ce genre de problèmes :

  1. urgent et important => à faire immédiatement soi-même (p. ex. crises, échéances)
  2. non urgent et important => à planifier et faire soi-même (p. ex. planification, relations)
  3. urgent et non important => à déléguer rapidement (p. ex. interruptions, réunions, problèmes des autres)
  4. non urgent et non important => à abandonner (p. ex. pertes de temps, divertissements, discussions triviales)

Les exemples donnés sont les exemples originaux et dans le cadre d'un livre sur la productivité personnelle au service du développement professionnel, je vais les ajuster un peu dans les remarques suivantes.

Quadrant 1. : en général pas de souci, on oublie rarement les problèmes de cette nature, comme la déclaration d'impôts, la panne de la voiture, un passage aux urgences, etc.

Quadrant 2. : le plus grand risque est ici, car la tyrannie de l'urgent nous fait passer à côté de l'élévation de l'important. Il faut obligatoirement sanctuariser du temps pour ce genre de sujet afin de garantir qu'ils avanceront. Covey indique que c'est le quadrant où on doit passer le plus de temps. D'autant plus que des sujets bien anticipés n'ont pas le temps de devenir urgents. Pour moi, on trouve aussi dans ce quadrant des sujets comme : temps familial, lecture, formation, hobby recentrant ou sportif, écriture de cette rubrique, etc.

Quadrant 3. : le danger de ce quadrant est qu'on le confond souvent avec le premier. Déléguer, c'est bien lorsqu'on peut le faire, mais pour les sujets complètement personnels, c'est parfois plus dur. Certains7 conseillent d'engager un·e assistant·e virtuel·le – c'est à dire qui ne travaille que quelques heures à la carte pour nous, en général depuis un pays à bas coût – afin de leur faire réaliser ces tâches. C'est un peu extrême, mais si les sujets importants ont un retour sur investissement fort, alors cela peut valoir le coût d'investir sur de la délégation. Sinon, il faut essayer de retransmettre des sujets à d'autres…

Quadrant 4. : contrairement aux exemples donnés, je crois que du divertissement et certaines discussions triviales peuvent rentrer dans le quadrant 2, notamment après une journée difficile. Mais il faut créer une limite arbitraire à ce temps.

Finalement, l'enjeu principal est de savoir ce qui est important pour moi, ce qui a du sens profond. Je pense avoir assez bien cerné le sujet pour moi-même grâce à un certain travail introspectif, une remontée régulière en haut des niveaux logiques8 et l'écriture d'Apprenti-sage… Mais c'est un effort régulier.

Il est urgent et important de faire ce travail, sinon le reste n'a pas de sens !


  1. À relire : enthousiasme et intelligence  ; plus empathique  ; pronoïa  ; filtre d'immédiateté et hormèse . ↩︎

  2. Lire l'article (en anglais). ↩︎

  3. À relire : faute et responsabilité  ; explorateur de l'autre  ; mon truc  ; objectif ou rêve et la moins chère des thérapies . ↩︎

  4. Traduit librement de : Be governed not by the tyranny of the urgent but by the elevation of the important. ↩︎

  5. Dwight D. Eisenhower, Address at the Second Assembly of the World Council of Churches, 1954. ↩︎

  6. Elle semble avoir été conçue par Stephen Covey et popularisée dans son livre séminal : Stephen Covey, The 7 Habits of Highly Effective People, 1989. ↩︎

  7. Par exemple, Timothy Ferriss, The 4-Hour Workweek, 2007. ↩︎

  8. À relire : niveaux logiques de la pensée . ↩︎