Chose qu'on ne sait pas nommer

Quand on ne trouve pas de mot, c'est bon signe

Kevin Kelly est un technologiste un peu philosophe qui m'inspire très régulièrement.

Il avait partagé 68 conseils non sollicités pour ses 68 ans, ce qui avait généré 5 apprenti-sages majeurs1 chez moi. Il a continué cette tradition avec 99 nouveaux2 en 2021, et déjà 6 ont trouvé leur place ici3.

En voici une nouvelle :

Les plus grandes récompenses se récoltent lorsque vous travaillez sur quelque chose que personne ne saurait nommer. Si vous en avez la possibilité, travaillez là où il n'y a pas de mots pour ce que vous faites4.

J'aime assez ce concept un peu contrariant. Surtout dans ma position d'indépendant, où l'un de mes enjeux est de projeter ma valeur auprès de mes clients potentiels. C'est toujours plus facile lorsqu'on a un métier précis, une compétence unique très développée. Ça permet de se présenter facilement. Ça permet aussi à des gens de nous trouver plus facilement.

Malheureusement, je fais souvent des grands écarts entre des compétences très techniques – type code, data, innovation ou marketing – et des compétences très soft – type coaching, psychologie, philosophie.

Il arrive régulièrement que mes clients me recrutent pour une compétence et finalement en découvrent d'autres qu'ils ne soupçonnaient pas et qui font qu'ils me sollicitent plus longtemps et sur un champ différent de ce qu'ils avaient imaginé au départ. Mais bien souvent, je n'ai pas d'occasions d'aborder ces autres sujets.

Ainsi, j'aurais du mal à décrire vraiment sur quoi je travaille, sauf à tomber dans quelque chose d'assez plat qui ne dit pas grand-chose : « j'accélère les transformations. » Ou bien comme je réponds à mes enfants qui me demandent mon métier : « j'aide les gens à résoudre leurs problèmes. » Je palie cette généralité en mettant plein de métiers différents sur mon profil – facilitateur, coach, formateur, consultant, entrepreneur –, au risque de perdre en lisibilité !

Mais au fond, c'est ce qui me plaît.

Je travaille sur un sujet mouvant, principalement la dimension humaine de la résolution de problèmes au sens large : qu'un individu souhaite changer de vie et n'y arrive pas ou qu'une organisation doive réinventer son avenir en termes de business model.

Je suis récompensé, car je ne fais jamais deux fois la même chose.

Je suis récompensé, car j'ai beaucoup de choses à apprendre et je dois me former en permanence.

Je suis récompensé, car lorsque je fais bien mon travail, le système dans lequel je suis intervenu est en meilleure santé.

Par exemple, je creuse depuis quelque temps avec un ami le sujet de la psychologie du code5. Nous avons eu du mal à mettre un nom sur le sujet et il n'est pas si bien que ça d'ailleurs. Du coup, j'ai du mal à le vendre, mais je sens que c'est un vrai sujet !

La deuxième partie du conseil de Kelly mériterait que je m'y attarde plus. Il propose de choisir explicitement d'aller dans un environnement qui ne sait pas nommer ce que l'on fait. Sûrement parce que ça veut dire que ça n'est pas encore devenu une commodité et que cela confère un certain monopole.

Ça marche s'il y a un vrai besoin en revanche, car je trouve assez peu de débouchés à ce que je sais faire dans mon nouveau lieu de vie : une petite ville rurale ! Mais je n'ai peut-être pas assez creusé le sujet…


  1. À relire : enthousiasme et intelligence  ; plus empathique  ; pronoïa  ; filtre d'immédiateté et hormèse . ↩︎

  2. Lire l'article (en anglais). ↩︎

  3. À relire : faute et responsabilité  ; explorateur de l'autre  ; mon truc  ; objectif ou rêve  ; la moins chère des thérapies  ; urgent ou important . ↩︎

  4. Traduit librement de : The greatest rewards come from working on something that nobody has a name for. If you possibly can, work where there are no words for what you do. ↩︎

  5. En savoir plus sur notre approche ici . ↩︎