Énergie empruntée

Je suis en échange constant d'énergie avec le monde, à plusieurs niveaux

J'ai revu le film Avatar il y a quelques mois. C'est une fable écologique assez explicite, qui expose ses points avec de gros sabots parfois, mais que je trouve magnifique. C'est aussi une expérience graphique incroyable, qui n'a pas vraiment vraiment vieilli en douze ou treize ans1.

Une petite phrase m'a marqué dans le film :

toute énergie est empruntée, et un jour tu dois la rendre

Elle explicite un lien très fort qui unit tout le vivant, et même au-delà.

Sans entrer dans un champ spirituel et en restant à un niveau purement physique, je passe mon temps à échanger de l'énergie avec mon environnement.

Déjà, je me nourris. Le rôle premier de cet acte est de m'apporter l'énergie et les nutriments dont j'ai besoin pour fonctionner. Je mange avant tout des plantes, sous des formes plus ou moins proches de leur état d'origine. Mais la viande, c'est pareil : il y a juste eu un agent intermédiaire qui a fait le travail de transformer, pendant plusieurs mois ou années, l'énergie et les nutriments que les plantes contiennent en une masse musculaire et graisseuse ou en lait que j'aurais pu choisir de consommer ensuite. L'effet est le même, j'ai juste choisi de désintermédier mon approvisionnement2 ! Au passage, l'agent transformateur n'est d'ailleurs pas forcément unique : il a pu y avoir toute une chaîne alimentaire d'intermédiaires successifs avant d'arriver à l'humain. Et si je ne suis pas incinéré, il y aura, après moi, toute une chaîne qui récupèrera mon énergie et la réemploiera à son profit.

Ensuite, j'évolue dans un environnement à une certaine température. Je suis efficient et bien quand je profite d'un espace autour de 20 °C, ce qui me permet de maintenir plus facilement ma température à 37 °C. Je me réchauffe par le rayonnement solaire, c'est le transfert d'énergie lié à la radiation. Quand je me réchauffe sous la douche le matin, c'est plutôt la conduction qui agit avec un transfert direct de calories ou joules entre l'eau et ma peau. Lorsque mon feu chauffe la maison, c'est un mix entre de la radiation et de la convection. Et je rends une grosse partie de cette chaleur à mon environnement, je réchauffe la couette jusqu'à arriver à un équilibre, je transpire pour abaisser ma température, etc. Dans ces trois modes de transfert, le principe est le même : la chaleur, qui est une forme d'énergie, s'échange.

Enfin, j'agis dans le monde. Je me déplace, je déplace des objets, je les transforme, etc. Chaque fois que j'effectue une action physique, je transforme une énergie chimique contenue dans mon corps en une autre forme d'énergie. Elle peut être cinétique : je mets un objet, y compris mon corps, en mouvement. Et cette énergie peut être à nouveau transformée en partie, par exemple par la dynamo de mon vélo qui va la transformer en électricité pour allumer mon phare. Elle peut aussi être potentielle : si je range un verre en haut de mon placard, je dépense plus d'énergie que si je le range en bas. Cette différence d'énergie est potentielle, car elle n'est pas encore réalisée : elle le sera si le verre tombe, et il aura plus de chance de se briser s'il tombait de plus haut.

À un autre niveau, sans entrer toujours dans la spiritualité, il y a un effet psychologique ou émotionnel au transfert d'énergie. Me lever le matin avec du soleil et le chant des oiseaux – que j'entends d'ailleurs grâce au microdéplacement rapide de l'air qui forme une onde sonore et qui est une forme d'énergie cinétique – me donne plus d'énergie que lorsqu'il pleut. La différence de transfert d'énergie physique est marginale dans ces deux scénarios, mais l'énergie psychologique n'est pas la même. Dit autrement, ma capacité personnelle à rassembler et utiliser ma propre énergie n'est pas la même. Et c'est le même principe en collectif : je peux me sentir énergisé au contact de certaines personnes. D'une façon métaphorique, ils me donnent de l'énergie.

En redescendant un cran plus profond, cette phrase questionne mon rapport au monde. La personne que je suis s'est construite au contact de nombreuses personnes. Cela s'est fait directement, mais aussi indirectement, à travers des livres, des œuvres d'art, des vidéos, etc. J'ai ainsi reçu beaucoup de cette énergie.

Je pourrais décider, peut-être malgré moi ou inconsciemment, de ne rendre de l'énergie que sous une forme principalement physique et lors de ma mort. Mais ça serait me couper et couper le monde de toute une partie du bénéfice que je pourrais apporter. Ma pratique d'écriture d'Apprenti-sage et mon métier de coach et de formateur constituent des façons pour moi de rendre une partie de cette énergie. Mon rôle de père aussi.

Lorsque je décide de mettre mes compétences au service d'une cause, quelle qu'elle soit, alors je rends de l'énergie sous une autre forme3 et le monde en bénéficie, même à une échelle très locale. Et j'ai appris en plus que ça n'est jamais à sens unique. Il y a toujours quelque chose que je récupère dans l'autre sens, même si je ne l'ai pas volontairement cherché4.


  1. J'ai hâte de voir la suite, dont la sortie a déjà été décalée huit fois et qui, j'espère, aura lieu fin 2022. ↩︎

  2. Au détriment, certains diraient, de l'expérience et du goût. ↩︎

  3. À relire : les 4 niveaux d'énergie . ↩︎

  4. À relire : technique d'apprentissage de Feynman . ↩︎