4 paliers de l'apprentissage

4 combinaisons de compétence et de conscience pour atteindre la maîtrise

Pour atteindre la maîtrise d'un domaine, on peut distinguer 4 niveaux ou paliers à passer successivement.

Décrits pour la première fois par Howell1 dans les années 80, ceux-ci correspondent à toutes les combinaisons autour de la conscience et de la compétence dans un certain ordre :

  1. Incompétence inconsciente, ou je ne sais pas que je ne sais pas.
    C'est un palier où j'ignore même que le sujet existe. Lorsque je le découvre, c'est d'un seul coup un nouveau champ qui s'ouvre à moi, et je passe au palier suivant.
  2. Incompétence consciente, ou je sais que je ne sais pas.
    J'ai pris conscience du domaine et je reconnais mon absence de connaissance sur le sujet. À cet instant, je peux décider de l'explorer et de développer mon apprentissage. Je vais ainsi déployer beaucoup d'effort, pendant potentiellement longtemps, pour en sortir. Cela nécessite de la motivation et de l'organisation. Il est souvent aidant2 de définir un niveau d'ambition global ainsi que des sous-objectifs réguliers afin de construire des boucles de rétroaction régulières qui rendent visible mon avancement et maintiennent mon envie de creuser.
  3. Compétence consciente, ou je sais que je sais.
    Ça y est ! J'ai vraiment appris quelque chose de nouveau. Je maîtrise un domaine, peu importe sa taille. C'est un stade assez agréable, car j'évolue maintenant en confiance. En revanche, je dois toujours être bien concentré pour utiliser et déployer cette nouvelle compétence. À partir de maintenant, je développe mon expérience.
  4. Compétence inconsciente, ou je ne sais plus que je sais.
    Je suis passé en mode automatique. Les gestes ou les connaissances sont ancrés profondément en moi et je les réalise sans y réfléchir. Je n'ai plus besoin d'y penser particulièrement.

En pratique, chaque sujet que j'aborde n'est pas forcément aussi bordé que ça et je ne passe pas les paliers en bloc pour l'ensemble du sujet. Notamment, sur un domaine qui évolue vite, je peux avoir un socle à un palier élevé, mais de nombreux sous-domaines qui se créent très souvent et pour lesquels je vais repasser par les premiers paliers.

Dans tous les cas, ce modèle simple est intéressant pour se calibrer. En gardant bien en tête cette phrase3 de Paul Valery : « Ce qui est simple est faux, ce qui est compliqué est inutilisable. »

Le passage au troisième palier est un moment clé et parfois long. Si je suis honnête avec moi-même et que le domaine est vaste, c'est un palier où je peux rester très longtemps… et souvent je peux être tenté de croire que j'y suis déjà, alors que j'en suis encore loin. C'est l'effet Dunning-Kruger4.

Se mettre dans un rôle ou une situation de transmission du sujet à d'autres personnes est un très bon moyen de progresser rapidement sur les derniers paliers. Cela crée artificiellement une motivation et une nécessité de très bonne compréhension du domaine. C'est la technique d'apprentissage de Feynman5.

Si je mets ce modèle en regard de mon sujet récurrent sur la spécialisation – est-ce que je préfère être un spécialiste ou un généraliste ?6 – j'ai l'impression que ma stratégie actuelle d'être un généraliste consiste à essayer d'atteindre un niveau de compétence consciente sur un grand nombre de sujets, sans pour autant chercher à aller jusqu'à la compétence inconsciente.

Ça me donne envie de revoir la liste des compétences acquises ces 15+ dernières années et que j'ai mises sur ma page de présentation7 afin de me recalibrer pour chacune, en toute honnêteté.


  1. W. S. Howell, The empathic communicator, 1982. ↩︎

  2. À relire : les 20 premières heures↩︎

  3. À relire : ce qui est simple↩︎

  4. À relire : effet Dunning-Kruger↩︎

  5. À relire : technique d'apprentissage de Feynman↩︎

  6. À relire : généraliste ou spécialiste↩︎

  7. À découvrir ici↩︎